Par le Dr. Manon MAESTRACCI, DipECVS, Spécialiste en Chirurgie des Petits Animaux
Question du mois : La cystatine B urinaire : un biomarqueur rénal pertinent chez les carnivores domestiques?
Chez le chien et le chat, le diagnostic des maladies rénales repose encore majoritairement sur l’utilisation de biomarqueurs fonctionnels tels que la créatinine et la SDMA, qui reflètent et estiment le débit de filtration glomérulaire. Ces paramètres présentent cependant des limites bien établies.
Dans ce contexte et dans le but d’améliorer la détection et la prise en charge des néphropathies canines et félines, la Cystatine B urinaire (uCysB), libérée lors de l’atteinte des cellules tubulaires proximales, semble être un biomarqueur lésionnel émergent prometteur.
VRAI OU FAUX
1) Les biomarqueurs classiques (créatinine, SDMA) permettent une détection précoce des lésions rénales, indépendamment de l’état fonctionnel du rein
FAUX
La créatinine et le SDMA sont des marqueurs indirects du DFG et ne reflètent pas directement l’intégrité structurelle du parenchyme rénal. Dans le cas des atteintes chroniques, leur augmentation survient relativement tardivement, après perte respectivement d’environ 75% et 40% des néphrons. De plus, ces biomarqueurs peuvent être influencés par des facteurs extra-rénaux (masse musculaire, race, variabilités individuelles…). Ils ne permettent donc pas d’identifier une lésion rénale active en phase précoce, notamment en l’absence d’altération du DFG.
2) Contrairement aux biomarqueurs classiques (créatinine, SDMA) qui sont des marqueurs fonctionnels, la cystatine B urinaire est, quant à elle, un biomarqueur lésionnel
VRAI
La cystatine B est une protéine intracellulaire appartenant à la famille des inhibiteurs de protéases à cystéine, physiologiquement contenue dans le cytoplasme des cellules épithéliales tubulaires. Elle n’est, en conditions physiologiques, présente qu’en très faible quantité dans les urines. L’augmentation de sa concentration urinaire traduit ainsi une libération consécutive à une destruction cellulaire (apoptose ou nécrose), ce qui en fait un biomarqueur direct de lésions tubulaires. Contrairement aux biomarqueurs classiques (créatinine, SDMA), qui eux sont des marqueurs fonctionnels. Ainsi une augmentation de l’uCysB peut être détectée lors d’atteintes rénales précoces et en l’absence de modification du DFG.
3) L’uCysB semble présenter un intérêt clinique se limitant uniquement aux situations d’insuffisance rénale aigüe.
FAUX
Si l’élévation de l’uCysB dans le contexte d’insuffisance rénale aigüe est relativement documentée, avec une corrélation à la sévérité des lésions et au pronostic, la mesure de la cystatine B urinaire semble intéressante également lors de maladie rénale chronique dans l’espèce canine. En effet, une étude met en lumière son potentiel intérêt dans la discrimination des formes précoces stables de maladie rénale chronique (MRC) de celles à caractère évolutif, suggérant une activité lésionnelle persistante impliquée dans la progression de la maladiechez le chien. Elle pourrait ainsi constituer un outil pertinent pour le suivi longitudinal des patients canins atteints de MRC débutante.
4) Chez le chat, les données actuelles suggèrent un intérêt diagnostique et pronostique del’uCysB
VRAI
Bien que les données soient plus limitées que chez le chien, les rares études disponibles dans l’espèce féline montrent une augmentation significative de l’uCysB chez les chats atteints d’IRA comparativement aux animaux sains ou atteints de MRC.
5) L’uCysB et actuellement un biomarqueur validé et standardisé en médecine vétérinaire, et peut, de ce fait être utilisé comme substitut aux biomarqueurs classiques rénaux
FAUX.
Malgré des résultats prometteurs, plusieurs limites persistent quant à l’utilisation à grande échelle de la cystatine B urinaire en pratique clinique de routine, notamment l’absence de valeurs seuils universelles, la variabilité inter-individuelle et le nombre encore limité d’études indépendantes à ce sujet.
Il est toutefois important de noter que son intérêt réside dans une approche complémentaire des paramètres fonctionnels classiques, qu’elle n’a pas vocation à remplacer, dans le cadre d’une évaluation multimodale et plus globale de l’atteinte rénale.